Esther Nirina, une plume souvent méconnue

Le 17 novembre 1932, dans les Hautes Terres Centrales, Esther RANIRINAHARITAFIKA est née. Elle deviendra ensuite Esther NIRINA, une voix de la poésie malgache francophone.

Sa poésie se caractérise par un timbre particulier. Elle est comme une voix silencieuse qui résonne dans l’âme du lecteur. Comme l’écho discret d’une pensée secrète longtemps déposée quelque part en nous. Ses mots interpellent, tel un appel divin. À son bilinguisme et double culturalité se marie l’âme profondément malgache. Son talent est une évidence. Cette poésie est douée d’une force particulière dont la caractéristique détermine son génie.

La poésie habille l’âme du poète ou l’âme du poète habille sa poésie ? À travers ses poèmes imagés, elle a su éblouir les regards et attendrir les oreilles. Jacques RABEMANANJARA confie qu’« Esther NIRINA n’est pas seulement poète : elle a le regard perspicace du peintre et elle sait capter toutes les couleurs du monde ; l’oreille aussi du musicien, poreuse aux nuances du ciel ou de la terre » (Préface de Lente spirale, 1990, Antananarivo : Éd. Revue de l’Océan Indien). Car toute poésie est un langage, le sien est le reflet d’une vibration au-delà de la pensée, l’incarnation d’une matière vive puisée dans les émotions. Sa manière de manier les mots, de les agencer, de les briser, de les coudre, donne à son écriture un style particulier. Un autre trait distinctif, les voyelles qui résonnent en échos car « l’auteur accorde autant d’importance à la voyelle qu’au mot », confie Norbert RANDRIAMAHANDRY dans « Une femme-poète malgache d’expression française : Esther NIRINA ». Cette prédilection s’explique par plusieurs « valeurs » de la voyelle. Celle-ci évoque une certaine simplicité et fluidité. La voyelle c’est aussi une danse, un mouvement :

« Simple voyelle

Voyelle perdue

Son écriture offre un style relativement doux et simple, une forme élancée qui invite à mieux être « conscient de la respiration » :

« Dans son ventre

Depuis des siècles

Chaque fibre

Portera

Un rêve »

La poésie d’Esther NIRINA c’est aussi l’envol vers la liberté. Liliane RAMAROSOA constate : « aucun poème ne comporte de titres : procédé qui laisse le poème ouvert à tous les lecteurs.»(Essai sur les enjeux du bilinguisme littéraire contemporain à travers ce cas d’Esther Nirina, Colloque international de littérature malgache d’expression française). Dans la même démarche, elle a toujours refusé d’expliquer ses écrits. « Le danger le plus redoutable pour un poète est de vouloir expliquer ses poèmes » confie-t-elle dans Lente Spirale. Les poèmes ouvrent ainsi à d’autres horizons. La poésie est un espace-temps où l’imagination et le rêve poussent. Elle n’ouvre que la porte, ce qu’il y a derrière est intime, personnel, propre à chacun.

 

ŒUVRES PRINCIPALES SUR ESTHER NIRINA

Poésie :

Silencieuse respiration. Orléans : J.J. Sergent, 1975.

Simple voyelle. Orléans : J.J. Sergent, 1980.

Lente spirale. Préface de Jacques Rabemananjara. Antananarivo : Editions de la Revue de l’Océan Indien, 1990.

Multiple solitude. Préface de Césaire Rabenoro. Antananarivo : Tsipika, 1997.

Rien que lune : œuvres poétiques. Texte Liminaris d’Edouard Maunick. Saint-Denis : Grand Océan, 1998.

Mivolana an-tsoratra/ Le dire par écrit (bilingue). Traductions de Bao Ralambomanana et Esther Nirina : avant-propos de Rajaona Andriamananjara ; postface de Liliane Ramarosoa. Saint-Denis : Grand Océan, 2004.

 

Nouvelles :

Nouvelles. Antananarivo : Editions du Centre Culturel Albert Camus, 1995.

« Ambohimifangitra ». Chroniques de Madagascar, sélectionnées et présentées par Dominique Ranaivoson. Saint-Maur-des-Fossés : Sépia, 2005.

 

Poésie publiée dans des ouvrages collectifs :

« Prière » et « Granit ». Présence Africaine, 1977

« Pour avoir ». Revue Noire 26, 1997

 

Interview :

« Esther Nirina speaks to Carole Beckett ». Research in African Litteratures 34.2, 2003

 

PRIX ET DISTINCTIONS LITTÉRAIRES

1980 Prix Madagascar décerné par l’Association des Écrivains de Langue Française pour Simple voyelle.

2004 Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres (distinction française) ;

Membre titulaire de l’Académie nationale malgache.

 

SUR ESTHER NIRINA :

Beckett, Carole. « Influence du hain-teny dans la poésie d’Esther Nirina, poète malgache ». Etudes francophones 17.1, 2002

Bourgeacq, Jacques. « La littérature malgache contemporaine, cette inconnue ». The French Reveiw 17.3, 1999

Joubert, Jean-Louis. « Esther Nirina, la voix du silence ». Interculturel Francophonies 1, 2001

Ranaivoson, Dominique. « Esther Nirina, la grande dame de Madagascar ». Marché des lettres 5, 2003

NA HASSI