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Note de lecture :

Voyage dans la baie de Manapany

« Demain sera ce que nous déciderons » peut-on lire dans Voyage dans la baie de Manapany d’Isabelle Joly. Voilà qui est bien intriguant à une période où justement, demain semble ne plus jamais nous appartenir…

Du jour au lendemain, nous sommes en guerre, mais ce combat est silencieux. Aucun coup de feu. Aucune explosion. Aucune armée. Aucun conflit. Aucun bain de sang. Juste des souffles qui s’évaporent. Tout simplement des corps qui se décomposent. Rien qu’un virus qui va de frontières en frontières. Voilà comment un « rien », petite chose qu’on ne peut même pas apercevoir, réussit à nous mettre à genoux, tous autant que nous sommes. Il est peut-être temps de reconsidérer tous ces riens qui nous composent, qui constituent notre monde. Il est peut-être temps d’ouvrir l’œil sur tout ce qui nous entoure. Il est peut-être temps de prêter attention à notre environnement et de prendre exemple. Il est peut-être temps de partir à l’aventure, de découvrir ce qui mérite de l’être, de partir en voyage…sans faire ses valises.

Soudainement, nous découvrons toutes ces petites choses qui subliment notre quotidien. Il a fallu nous enfermer pour nous rendre compte du dehors auquel nous sommes si indifférents. Il a fallu mettre notre vie en sursis  pour réaliser la chance que nous avons d’avoir été aussi libres. Aux côtés de ces merveilles discrètes. Près de ces beautés rarissimes. Au milieu de toute cette nature opulente. Côte à côte, les couleurs de l’argent – tant convoité et idolâtré – s’estompent pour dévoiler les aquarelles de la nature – tant ignorée et oubliée. Les miracles et les spectacles de la nature nous sont offerts et se glissent entre les lignes de ce voyage. Une lecture contemplative qui propulse notre imaginaire vers ce réel qui nous accueille chaque jour, sans qu’on s’en aperçoive. On réapprend à s’émerveiller. Nos yeux réapprennent à reconnaître les nuances des paradis. Les paragraphes nous rappellent combien nous sommes nés pour faire partie et non tirer parti de ce monde.

Ce voyage nous aura transportés du fond de nos abysses – peuplés d’heures interminables, de chiffres, de taux, de cas – vers la surface, celle qui nous apporte un souffle nouveau après l’apnée. Un retour à l’essentiel remettra les pendules à l’heure. De toute façon, « chaque situation nous propose des choix » (p.37).

NA HASSI
Illustration : Sabella Rajaonarivelo