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Note de lecture

D’écrits d’un isolé de Emmanuel Yannick Gérie

Alors qu’une lecture nous embarque souvent dans des mondes lointains, D’écrits d’un isolé nous immerge dans les profondeurs de notre réalité, et remue la boue dans laquelle nous nous empêtrons. « Pourquoi choisit-on de rester en vie ? Parce qu’on ne peut pas y échapper … » (p.43)

Il est des choses qu’on vit, mais qu’on n’ose dire. Il est des vies qu’on mène, mais qu’on préfère taire. Il est des injustices qu’on subit, mais qu’on laisse faire. Puis, un jour, notre front perle de sueurs froides qui témoignent de notre état fébrile quotidien. La fièvre ne nous est pas totalement étrangère finalement. Ces lignes crèvent l’abcès sur notre monde maladif il y a belle lurette et peut-être quelque part puissent-elles nous guérir aujourd’hui, nous transformer… Devrions-nous changer après tout ceci d’ailleurs ? Voilà que le sens même de notre existence vacille et menace de nous faire tomber à la renverse. Nous ne tenons plus debout, mais avons-nous seulement été droit bien avant toute cette histoire ?

Jamais le comportement humain n’a été aussi mis à nu, avec toutes ces normes et tous ces interdits qui font ce que nous sommes ou ce que nous ne sommes pas. Entre le peu et le trop, il y a l’être humain – funambule maladroit – qui se retrouve sur la corde raide et qui n’arrive jamais à l’autre bout. Peut-être se trouve-t-il dans ce qu’il appelle le « juste milieu », mais son déséquilibre chronique risque à tout moment de le jeter dans le vide. Alors oui, il pousse des cris et fait grincer ses écrits pour espérer être enfin compris.

Mais qu’est-ce qu’être compris dans un monde aussi flou, aussi fou ? Est-ce réussir à défendre sa différence et se faire accepter tel quel ou faire de sa différence une nouvelle normalité et introduire ainsi de nouvelles pensées ? Se sentir différent implique-t-il donc la validation de ce qui ne l’est pas, donc valider la normalité pour faire accepter la différence ? C’est quoi la référence pour se situer parmi les normaux et les différents ? Peut-on changer les règles du jeu et lancer les dés sans souffler dessus ni croire à la providence ? Faut-il rentrer dans une case pour trouver sa place ? Le monde n’est-il pas suffisamment vaste au final ? L’être humain se trouve sur un plateau de jeu de société, avec des déplacements ordonnés et fixés à l’avance. Se tenir debout dans une case noire suffira pour définir ton acheminement. Naître dans une case blanche marquera ton destin. Alors, qui déplace les pions ? Excellente question car effectivement « il faudra bien en vouloir à quelqu’un lorsqu’on n’a pas décidé de se retrouver quelque part » (p.39)…

NA HASSI
Illustration : Sabella Rajaonarivelo