Nait-on humain
ou on le devient ?

« Ce qui me terrifie le plus
c’est de nous voir écumer de rage
quand les autres réussissent
mais soupirer de soulagement
quand ils échouent » Rupi Kaur

 

Ces quelques vers en disent long sur le sentiment qui ronge l’humanité en son cœur. Comment en sommes-nous arrivés à nous nourrir autant des échecs des autres ? Pourquoi la lumière des autres ne parvient-elle pas à nous éclairer, mais au contraire, semble nous faire de l’ombre ? Les réponses à ces questions sont individuelles et personnelles, bien que philosophes, penseurs, anthropologues, psychologues, poètes ou encore religieux aient tenté d’apporter des explications. Certaines semblent convaincantes, d’autres soulèvent encore plus de questionnements.

 

Chacun veut détenir la vérité et voir l’autre dans l’erreur permet de croire davantage en sa vérité. Parce qu’on a besoin des fautes d’autrui pour se prouver à soi-même qu’on a raison. L’humanité a perdu patience et a anticipé le jugement dernier. Celui-ci tarde trop à venir alors qu’on veut avoir la certitude immédiate et la preuve irréfutable de notre vérité. Cette obsession nous a poussés vers des comportements incontrôlés. Au lieu de conseiller, on blâme. Au lieu de réconforter, on punit. Au lieu de soutenir, on accuse. Au lieu de prévenir, on menace.

 

Parce que ce qu’on croit être notre vérité est plus important, on refuse qu’un autre puisse avoir la sienne. On finit ensuite par plonger dans la vie de l’autre, y chercher des failles pour consolider notre succès. C’est ainsi qu’on est arrivé à se mesurer à lui, à surveiller son rythme, à inspecter ses techniques pour découvrir ses erreurs pour pouvoir en rire. Des fautes qu’on propagera ensuite pour ancrer notre vérité dans notre propre mémoire. Parce qu’au fond, tout ce que ne nous faisons est purement égoïste et narcissique. On manque de confiance en soi et on se réconforte des pires que soi, sans jamais espérer que ces pires puissent s’améliorer puisque cela signifierait qu’on devienne le pire et l’autre le meilleur.

 

L’humanité carbure aux adjectifs. Plus aucun mot n’a de sens que dans son qualificatif. Le vocabulaire s’est réduit au bien, mal, riche, pauvre, meilleur, pire, échec, succès. On ne parle plus que de comparaison. On ne parle plus tout court. On compare. Ce mode de fonctionnement est à l’origine du dysfonctionnement humain. Toutes les divisions et les discriminations sont nées de ces tentatives d’identification purement comparatives voire compétitives. On ne prend pas conscience que toutes ces distinctions existentielles brise les morceaux de notre être, et ce, dès notre naissance. Quand un enfant naît, au lieu de se contenter qu’il s’agit d’une naissance, on pose la question « fille ou garçon » ? La première réponse trace le nouveau-né dans une série de catégorisation de destinées, de comportements, de responsabilités, de devoirs voire de couleur pour ses vêtements.

 

Parce que notre processus d’identité passe d’une série de comparaisons, on ne se reconnaît plus que par rapport à autrui. Voir l’autre réussir nous indique ainsi que la balance de l’échec penche en notre faveur, et nous avons peur.

 

Pourtant, si on ne s’était limité qu’au fait d’être humain avant tout et surtout, aucun de ces mauvais sentiments n’aurait existé. Peut-être que sans être homme, femme, noir, blanc, jaune, petit, grand, gros, mince, riche, pauvre, on ne serait QUE humain. Peut-être que si on maintenait plus le nom plutôt que l’adjectif, on saurait davantage qui on est ?

NA HASSI.