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//// MARS PROLONGATION MAI 2020

Le baobab source de vie par Cyrille Cornu

Cyrille Cornu, dans la peau de « Bozibe » – Interviewé par Cerveau Kotoson

Quand le cœur de l’occident rencontre la passion du sud profond, à travers les sensations majestueusement envoûtantes des baobabs, séculaires ou pas, il n’en reste que d’apprécier les rendus sur papiers photographiques, des myriades de pixels témoins d’autant d’importance.

Le photographe averti, naturaliste engagé, voyageur aguerri et observateur perspicace qu’est Cyrille Cornu a su à travers ses dix années passées à sillonner les sentiers menant de près ou de loin vers les baobabs, tous genres confondus, capter leur essence.

Être proche des gens, les connaître, partager leurs émotions, embrasser leur traditions et mener avec eux, discrètement ou pas, c’est selon, cet ardu combat pour la survie de l’authenticité au sein d’une société dépravée par l’harmonisation à outrance et les fausses bonnes volontés des entités prêchant une foi à laquelle elles n’adhèrent plus, tel est son rapport au pays.

L’âme végétale, et loin d’être végétative, Cyrille Cornu tire de la lumière la beauté des sujets, et explore les pénombres pour mieux faire miroiter la voie lactée enveloppant la mère de la forêt, qu’est le « reniala », « bozy » ou « bozibe », plus communément connu sous la dénomination de baobab.

Quand de l’encadrement d’une fenêtre artificielle creusée à même le tronc d’un baobab, le photographe complète de son sourire ce qu’apporte le majestueux végétal : la protection et le respect, le lien est tissé. Car tels le ying et le yang, l’âme humaine en lui est fortement complémentaire à la fragilité mal perçue de beaucoup de ces arbres qui ne reflètent, bien souvent, que majesté. La force et la fragilité combinées des baobabs nourrissent l’artiste pour l’amener à traverser les contrées les plus improbables de la grande île, pour les immortaliser, et partager en même temps, le quotidien de ceux dont la vie dépend des baobabs. En effet, ces arbres parfois utilisés comme citernes naturelles sont tout sauf communs ! Et si certains des êtres humains tel que Mamody, les côtoient, les cajolent, les entretiennent leur vie durant, d’autres ne voient en eux que des géants indolents qui n’ont pour seul intérêt que d’attirer les regards fades et ternes de certains touristes posant ou déambulant presque insolemment dans les allées des baobabs.

Et pour vous, nous avons rencontré  Cyrille Cornu, l’œil du maître.

 

Indigo : Pourquoi choisir le baobab comme sujet principal ?

Cyrille Cornu : C’est plutôt l’inverse, c’est le baobab qui m’a choisi. Lorsque j’étais enfant et que nous vivions au Sénégal avec mes parents, un baobab puissant trônait dans le jardin. Ce géant a marqué mon enfance, mes jeux. J’avais dix ans, et ce souvenir au quotidien a refait surface.

Indigo : Auteur d’un film documentaire primé à multiples reprises, vous vous qualifiez comment ?

Cyrille Cornu : Je suis avant tout un naturaliste c’est à dire une personne sensible à la nature, aux espèces qui vivent autour de nous. Depuis toujours j’ai ce gout de cette nature, aussi riche qu’elle puisse être. Une curiosité qui nécessite un don de temps, de soi, pour découvrir chaque animal, chaque plante, chaque forêt ou rivière, comprendre la place et les interactions de chaque vie. La nature compose un univers fascinant d’une richesse inépuisable. C’est une bonne école pour comprendre que nous ne sommes pas le centre de l’univers et même bien au contraire. La biodiversité nous invite à connaitre nos origines, nos racines, la place que nous devrions occuper dans ce monde. J’ai eu la chance de mener des recherches pendant neuf ans sur les baobabs et de voyager au coeur des forêts les plus reculées de Madagascar. Chaque voyage fut une aventure. Très rapidement j’ai eu envie de ramener des images. Cela a commencé avec la photographie puis je me suis essayé aux films. Le succès de mon premier documentaire intitulé « Baobabs entre Terre et Mer » m’a conforté dans l’idée qu’il fallait poursuivre dans cette voie. Depuis lors, je sillonne l’île pour y saisir des images avec ma camera. Ma place est ici, au contact de cette nature puissante, de ces baobabs et de ces hommes.

Indigo : Quel serait pour vous l’une des meilleures façons de défendre la nature ?

Cyrille Cornu : La manière la plus honnête de défendre la nature c’est de la connaître, d’amener l’autre à la rencontrer, à l’aimer. Nos sociétés sont de plus en plus éloignées du milieu naturel. Nous vivons pour la plupart dans des villes accrochés à des extensions technologiques de nous même. En quête de quoi ? Cette évolution a un coût environnemental, des conséquences dramatiques et incontrôlables. Destruction généralisée de la biodiversité, changement climatique, pollution les océans, exclusion sociale, et finalement réduction de notre humanité à peu de choses. Malgré tout, une lueur d’espoir existe encore ! Reconnecter l’homme à la nature. J’essaie humblement d’y contribuer en donnant à voir une nature et des hommes inspirants, transcendants. Au cœur de ce travail, le baobab, une plante à la fois sacrée, nourricière et protectrice.

Indigo : La place du baobab dans le monde ?

Cyrille Cornu : Le baobab est avant tout un ambassadeur des plantes, de la vie sur cette planète. C’est un être puissant et mystérieux qui a depuis toujours fasciné l’homme, un mythe vivant universel. Sans aucun doute l’une des formes d’existence les plus évoluées et respectables.

Indigo : Votre appareil photos est en symbiose avec votre regard, comment vous faites ?

Cyrille Cornu : Dans mon travail, le sens dicte souvent les choix. Tant bien que mal, je tente à travers chaque image de raconter une histoire. L’histoire naturelle des baobabs ou celle d’hommes qui vivent à leur contact. Là où l’artiste éprouve des doutes, le sens m’aide à avancer. Et puis à Madagascar, la magie des lumières et des situations aide beaucoup. L’intention provoque le moment, la beauté devant l’objectif fait le reste. Ce pays a tant à donner pour qui sait donner de son temps et de son âme.

Indigo : Votre lien avec la caméra ?

Cyrille Cornu : Lorsque je photographie ou quand je filme, le temps n’existe plus. Une sorte de fusion s’opère avec l’appareil. Mon travail peut alors débuter et se construire avec le propos que je veux partager. Une fois les images dans la boite, l’état de trance s’arrête. Je considère la caméra avant tout comme un outil d’expression politique. Nous vivons dans un monde dans lequel l’image est omniprésente. Une image souvent stéréotypée, une image formatée qui formate, une image qui influence la plupart du temps au service d’intentions mercantiles. Autant mettre ce pouvoir au service d’un engagement écologique et social. Je me considère comme un résistant, un maquisard de ce monde, et me sers de mes photographies pour mettre en avant des plantes en voie de disparition, les baobabs, ou des femmes et des hommes dont la vie simple inspire le respect.

Indigo : Comment avez-vous choisi vos photographies pour cette exposition ?

Cyrille Cornu : Pour cette exposition, j’ai choisi le thème des baobabs citernes du sud de Madagascar. Un sujet qui me tient particulièrement à cœur et sur lequel je réalise parallèlement un film documentaire et un carnet de voyage avec une amie artiste peintre, Griotte. Les photographies composent ce que j’appelle un reportage photographique dans lequel l’objectif est de permettre au spectateur de découvrir l’univers fascinant d’hommes et de femmes qui ont fait alliance avec des baobabs pour survivre dans un environnement extrêmement aride. Dans la sélection de photographies que je propose, j’ai essayé de mettre de la diversité dans les prises de vue mais aussi de ne retenir que des images qui apportent un éclairage particulier du sujet.

Indigo : Votre maître mot pour avancer ?

Cyrille Cornu : L’amour et le respect ! Il est temps de puiser dans notre sagesse et dans le fruit de notre évolution pour respecter et s’inspirer de la simplicité de la nature. J’en suis intimement convaincu. L’essentiel est de retrouver une vie harmonieuse et de nous reconnecter avec cette nature que nous malmenons plus que de raison.


Exposition prolongée du 8 au 30 mai 2020.